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L'anti-boussole des Palmes d'or

Certes, les tempes sont de plus en plus grisonnantes, mais jusqu'à maintenant, jamais personne ne m'a confondu avec Jane Campion. Ni même, et c'est plutôt rassurant, avec l'effrayant Willem Dafoe (ce gars-là, même sur un tapis rouge bien éclairé, il me flanque la chair de poule). Ce qui, en toute mauvaise foi, suffit largement pour me dispenser de l'exercice fastidieux et souvent humiliant des pronostics pour la Palme d'or. Au cours des vingt dernières années, les films pour lesquels j'ai éprouvé les plus gros coups de coeur cannois n'ont presque jamais décroché la récompense suprême sur la Côte d'Azur. Par contre, l'inverse s'est très régulièrement produit. Ce qui fait de moi, et même si cela fait du mal de le reconnaître, une assez bonne anti-boussole pour la Palme d'or.

Si cette logique qui n'a absolument rien de rationnel se vérifie à nouveau, "Relatos Salvajes" ("Wild Tales" en anglais), la savoureuse comédie cynique et déjantée de l'Argentin Damina Szifron ne devrait pas triompher ce samedi. Pourtant, le sketch de l'avion, d'une cruauté hilarante jusque dans sa conclusion ignoble, est ce que l'on a vu de plus absurdement drôle au cinéma depuis la fin de la carrière des Monty Pythons.

Ce sort peu enviable devrait être partagé par "Still The Water", de la Japonaise Naomi Kawase. En dépit de sa lenteur, de ses ambiances quasi planantes et de références cultures un peu difficiles à cerner, ce petit bijou de justesse est le seul à m'avoir ému aux larmes. Par une simple discussion entre un père et sa fille, le premier voulant savoir si elle est amoureuse, question qui a le don de réveiller l'intérêt de la maman à côté, par exemple. Ou par une séquence de chants et de danses destinés à soutenir la mère mourante. C'est tellement simple et vrai que les cordes sensibles se mettent à trembler dangereusement.

"Sils Maria", d'Olivier Assayas, m'a aussi touché. Par sa réflexion subtile et intelligente sur le métier d'acteur. A des années lumière du décevant "Maps To The Stars" de David Cronenberg, comédie trop molle sur le microcosme hollywoodien.

Cela dit, cette année, la malédiction sera peut-être brisée. "Deux jours, une nuit", des frères Dardenne, s'impose comme un grand film. Avec un fond solide et plus de légèreté dans la forme. Sans doute leur oeuvre la plus abordable. Ce thriller économique, sublimé par Marion Cotillard, était mon favori absolu jusqu'à deux jours de la fin du festival. Et la présentation de "Mommy" de Xavier Dolan. Bizarrement, sur le moment même, ce sont surtout les prestations d'Anne Dorval, en maman excentrique d'un ado aux crises de violence terrifiantes, et de Suzanne Clément, en voisine qui bégaie depuis la disparition tragique de son enfant, qui m'ont séduit. Mais plus le temps passe et plus le brio de la mise en scène du Québecois de 25 ans m'éblouit. De même que la cohérence du récit, les choix musicaux, ses audaces visuelles, sa manière extraordinaire de raconter la vie avec des ruptures de rythme saisissantes.

Bien sûr, par pur chauvinisme, on rêve d'un troisième trophée pour les valeureux Liégeois, mais le plus gros choc de la quinzaine vient de ce "Mommy" dont on souhaite déjà le retour en salle...

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