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Mots Croisette - Page 2

  • Les réactions des jurés

    Voici les réactions des jurés recueillies à la sortie de la soirée de cloture.

    Jane Campion (la présidente du jury)

    "Les décisions, nous les avons prises ensemble. On peut toujours débattre, mais au final, personne ne sait qui a voté pour quoi. Nous avons voté à bulletin secret. Il fallait obtenir au moins la majorité de 5 voix pour qu'un film puisse obtenir un prix. Nous avons été nombreux à aimer beaucoup de film. Mais il n'y avait pas assez de prix à attribuer."

    "Nous avons attribué les prix selon des critères uniquement cinématographiques, sans tenir compte du fait qu'un réalisateur ait déjà reçu la Palme d'or."

    "Winter sleep m'a apeurée quand j'ai lu le résumé et la durée. Je me suis dit que je devrais faire une pause. Mais ce film possède un rythme merveilleux. J'aurais pu rester deux heures de plus dans la salle. Les cycles à la Tchekhov sont très maîtrisés, avec des personnes qui se torturent les unes les autres avec une grande intelligence. C'est fait avec beaucoup de sophistication."

    "J'ai beaucoup aimé les personnages féminins de Winter sleep. La soeur est complexe. Quand on décrit un idéal, on trahit la réalité. L'intérêt se trouve dans l'honnêteté brutale, sans pitié. Si j'avais les tripes pour être aussi honnête que Nuri Bilge Ceylan, je serais vraiment fière de moi."

    "J'ai adoré Mommy (de Xavier Dolan, prix du jury, ndlr). C'est un film extraordinaire, moderne. Dolan est si jeune, c'est un véritable génie. J'ai aussi vu le film de Jean-Luc Godard. Je ne m'attendais pas du tout à ça. J'ai été bouleversée tellement c'était moderne. Il n'y a pas de récit: c'est plutot une sorte de poème. En le voyant, je me suis dit: Voilà un homme vraiment libre. Nous savons tous que nous devons beaucoup à Godard. A bout de souffle a changé le cinéma. On était tous d'accord pour lui donner ce prix (du jury, ex-aequo avec Mommy). On aurait voulu que le chien vienne chercher le prix, on lui aurait remis un Os d'or..."

    Carole Bouquet

    "J'ai adoré parlé des films, les défendre. C'est une belle expérience qui me donne envie de tourner encore plus de films."

    "Jane Campion a beaucoup utilisé le mot liberté. Nous avons essayé de déceler la liberté plutôt que les aspects politiques."

    Gael Garcia Bernal

    "Faire partie du jury m'a rappelé ma première expérience cinématographique, à la cinémathèque de Mexico. J'avais l'impression de découvrir tout un monde, avec des réalisateurs différents. Certains sont très loin de moi, mais en voyant leurs films, je me suis rendu compte qu'ils étaient proches de moi en fait. J'ai aimé chaque film en compétition, je me suis régalé dans le rôle du spectateur."

    "Chaque film possède une complexité, politique, sexuelle, spirituelle. Ils explorent tout le spectre humain. Mais lors des débats, nous n'avons jamais isolé un film en raison de considérations politiques, nous avons jugé l'ensemble."

    Nicolas Winding Refn

    "Nous avons vu beaucoup de films très différents. Certains classiques, d'autres qui montrent le futur du cinéma, ce qu'il va devenir. Ce fut un festival merveilleux pour nous tous."

    "Mommy est un film intéressant. une révolution technologique. La réalisation n'appartient plus désormais à une élite. Tout un chacun peut rencontrer des acteurs et faire un film. C'est ce que montre Mommy: chacun peut devenir réalisateur. Il n'y a plus de limite."

     

     

  • L'anti-boussole des Palmes d'or

    Certes, les tempes sont de plus en plus grisonnantes, mais jusqu'à maintenant, jamais personne ne m'a confondu avec Jane Campion. Ni même, et c'est plutôt rassurant, avec l'effrayant Willem Dafoe (ce gars-là, même sur un tapis rouge bien éclairé, il me flanque la chair de poule). Ce qui, en toute mauvaise foi, suffit largement pour me dispenser de l'exercice fastidieux et souvent humiliant des pronostics pour la Palme d'or. Au cours des vingt dernières années, les films pour lesquels j'ai éprouvé les plus gros coups de coeur cannois n'ont presque jamais décroché la récompense suprême sur la Côte d'Azur. Par contre, l'inverse s'est très régulièrement produit. Ce qui fait de moi, et même si cela fait du mal de le reconnaître, une assez bonne anti-boussole pour la Palme d'or.

    Si cette logique qui n'a absolument rien de rationnel se vérifie à nouveau, "Relatos Salvajes" ("Wild Tales" en anglais), la savoureuse comédie cynique et déjantée de l'Argentin Damina Szifron ne devrait pas triompher ce samedi. Pourtant, le sketch de l'avion, d'une cruauté hilarante jusque dans sa conclusion ignoble, est ce que l'on a vu de plus absurdement drôle au cinéma depuis la fin de la carrière des Monty Pythons.

    Ce sort peu enviable devrait être partagé par "Still The Water", de la Japonaise Naomi Kawase. En dépit de sa lenteur, de ses ambiances quasi planantes et de références cultures un peu difficiles à cerner, ce petit bijou de justesse est le seul à m'avoir ému aux larmes. Par une simple discussion entre un père et sa fille, le premier voulant savoir si elle est amoureuse, question qui a le don de réveiller l'intérêt de la maman à côté, par exemple. Ou par une séquence de chants et de danses destinés à soutenir la mère mourante. C'est tellement simple et vrai que les cordes sensibles se mettent à trembler dangereusement.

    "Sils Maria", d'Olivier Assayas, m'a aussi touché. Par sa réflexion subtile et intelligente sur le métier d'acteur. A des années lumière du décevant "Maps To The Stars" de David Cronenberg, comédie trop molle sur le microcosme hollywoodien.

    Cela dit, cette année, la malédiction sera peut-être brisée. "Deux jours, une nuit", des frères Dardenne, s'impose comme un grand film. Avec un fond solide et plus de légèreté dans la forme. Sans doute leur oeuvre la plus abordable. Ce thriller économique, sublimé par Marion Cotillard, était mon favori absolu jusqu'à deux jours de la fin du festival. Et la présentation de "Mommy" de Xavier Dolan. Bizarrement, sur le moment même, ce sont surtout les prestations d'Anne Dorval, en maman excentrique d'un ado aux crises de violence terrifiantes, et de Suzanne Clément, en voisine qui bégaie depuis la disparition tragique de son enfant, qui m'ont séduit. Mais plus le temps passe et plus le brio de la mise en scène du Québecois de 25 ans m'éblouit. De même que la cohérence du récit, les choix musicaux, ses audaces visuelles, sa manière extraordinaire de raconter la vie avec des ruptures de rythme saisissantes.

    Bien sûr, par pur chauvinisme, on rêve d'un troisième trophée pour les valeureux Liégeois, mais le plus gros choc de la quinzaine vient de ce "Mommy" dont on souhaite déjà le retour en salle...

  • La plus déshabillée à Cannes

    Tatiana-Laurens Delarue.jpgOn sait déjà qui recevra la Palme de la robe la plus déshabillée cette année. Tatiana-Laurens Delarue a en effet monté les marches dans une robe noire transparente, en dentelle, avec absolument rien en dessous ! Allez savoir pourquoi, personne n’a retenu qui l’accompagnait pour la montée des marches.

    (Photo: Photo News)

    Les stats favorables aux frères Dardenne

    Dans la logique sportive, les frères Dardenne seraient les grands favoris de cette 67e édition. Six fois sélectionnés en compétition officielle, ils ont décroché deux Palmes d’or. Alors que Ken Loach n’en a gagné qu’une en douze participations (pour Le vent se lève, en 2006) et Mike Leigh une seule aussi, en cinq sélections (pour Secrets and lies en 1996). Les autres n’ont jamais ramené le précieux trophée.

    La réplique de la quinzaine

    La réplique la plus sidérante de la quinzaine est tirée d’Adieu au langage, le film de Jean-Luc Godard. La voici : “La pensée retrouve sa place dans le caca.” Concernant les siennes, on s’en doutait un petit peu

    Trop occupée

    Comme tous les ans, Victoria Silvstedt fréquente les plages cannoises au mois de mai. “J’adore venir ici pour faire la fête et m’amuser. C’est le rendez-vous du glamour. Cannes, c’est le plus grand événement de l’année.” Et accessoirement, à ses yeux, un festival de cinéma. Faut dire qu’elle ne visionne pas la moindre fiction durant la quinzaine, faute de temps. “Il y a trop de soirées, trop de monde à voir." Cela se passe de commentaire.